L’hypnosédation en chirurgie

Si les effets antalgiques de l’hypnose sont aujourd’hui acceptés, il n’en a pas toujours été le cas tout au cours de l’histoire. Cet article rappelle en bref, quelques étapes qu’a dû franchir l’hypnose, du magnétisme animal, jusqu’à sa relative acceptation aujourd’hui comme médecine alternative, c’est-à-dire, une alternative à l’analgésie pharmacologique.

hypnotherapeute

La thérapie par magnétisme animal

Pour Paracelse, utiliser la puissance imaginative du patient comme remède, tout comme cette imagination utilisée dans l’autre sens, peut le rendre malade. Puis, il suggère l’idée d’utiliser des aimants pour faire circuler le fluide universel, dont une mauvaise circulation serait responsable des maladies.  Mais la première expérience de magnétisation collective ne sera réalisée que tardivement, en 1778 par Anton Franz Mesmer installé à Paris, qui a développé l’idée proposée par son compatriote helvétique, Paracelse, en 1531. Le fameux baquet de Mesmer a été considéré par certains comme une séance d’exorcisme, à cause des crises convulsives, dites « salutaires », qu’il provoquait, avant d’être interdit en 1784 par Louis XVI. Mais, ses disciples parmi lesquels Puysegur, Deleuze ou d’autres comme l’abbé Faria vont développer cette technique du magnétisme animal ayant abouti avec le Dr James Braid à l’hypnotisme, en 1843, malgré les nombreux procès en sorcellerie.

La naissance de l’hypnose

Braid développe non seulement l’idée de l’auto-hypnose, qui suppose qu’in individu peut s’hypnotiser en fixant un objet sur une distance donnée, mais aussi, il est celui qui utilise pour la première fois, lors des interventions chirurgicales, pour anesthésier les patients. D’autres médecins à sa suite, vont utiliser cette technique qu’on connaît aujourd’hui sous le nom d’hypnosédation, tel que John Elliotson, par qui l’hypnose comme anesthésie s’introduit à l’hôpital en 1846, même si Mesmer demeure le fondateur de la médecine psychosomatique.

Le rejet ou plutôt l’oubli de l’hypnose dans le soulagement de la douleur, est la conséquence de la découverte des propriétés analgésiantes du  protoxyde d’azote, en chirurgie dentaire par les Docteurs Wells et Morton à la même période. L’analgésie pharmacologique a donc permis l’oubli de l’hypnotisme analgésique.  Cependant, en 1851, James Esdaile, démontre que l’hypnose permet de réduire les risques de mortalité lors des interventions chirurgicales.

Le renouveau de l’hypnose

Mais l’hypnose ne sera ressuscitée finalement que grâce à la persévérance des médecins comme Ambroise Auguste Liébault et aussi les Professeurs Hyppolite Bernheim, Charles Richet, J. Martin Charcot. Ambroise Liébault remet au goût du jour, la suggestion verbale de Faria, sous sommeil hypnotique, pour guérir ses patients. Une collaboration entre le docteur Hippolyte Bernheim et Jean Martin Charcot, qui a utilisé l’hypnose pour soulager le premier de sa sciatique, permet de créer l’école de Nancy, de réintroduire l’hypnose dans le milieu hospitalier et universitaire. D’autres thérapies, s’inspirant de cette technique hypnotique, comme la sophrologie Caycedienne, verront le jour en 1932, grâce à Alfonso Caycedo.

Malgré les critiques, les tergiversations des chercheurs, l’hypnose grâce aux techniques d’imagerie cérébrale modernes, est aujourd’hui mieux comprise. Il est par exemple confirmé que le patient en état d’hypnose ne perd pas le contrôle de ses facultés, qu’il peut sortir seul de l’état de transe, et que l’hypnose peut être un bon palliatif dans la prise en charge et dans le traitement des douleurs. Elle est aujourd’hui utilisée comme médecine naturelle, holistique, dans la prise en charge de certains cancers, et son effet antalgique reconnu dans la chirurgie postopératoire.